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Mousqueton Berthier 1892 : histoire, versions et collection

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Mousqueton Berthier 1892 : histoire, versions et collection

Le mousqueton Berthier 1892 est l’arme courte adoptée en 1892 pour les artilleurs français, en calibre 8 mm Lebel. Il reprend le système Berthier de 1890, avec un chargeur de type Mannlicher à trois cartouches, porté à cinq par la modification de 1916. Marquages, version et état guident aujourd’hui le collectionneur.

Une arme courte pour les servants de pièce

Une batterie d’artillerie de la fin du XIXe siècle ne combat pas en première ligne. Ses servants manœuvrent des canons lourds, transportent munitions et outillage, préparent les tirs. Leur arme personnelle sert à la défense rapprochée de la position, pas au tir de précision à grande distance.

Le fusil Lebel convient mal à ce rôle. La fiche consacrée au mousqueton 1892 par le Grand Atelier, musée d’art et d’industrie de Châtellerault, le rappelle : l’arme est adoptée en 1892 pour équiper des personnels placés en arrière des lignes, que le fusil d’infanterie, plus long et plus lourd, encombrait sans profit.

La réponse tient dans un format raccourci. Selon la même fiche, le mousqueton d’artillerie mesure 94,5 centimètres pour un canon de 45 centimètres. Il pèse autour de trois kilos à vide. Porté à la bretelle, il laisse au servant la liberté de mouvement que réclame le service de la pièce. Le musée attribue sa conception à l’ingénieur André Berthier, dont le système équipe déjà les armes de 1890.

La famille Berthier, de la cavalerie aux fusils de 1907

Le 1892 appartient à une lignée qui partage culasse, munition et mode d’alimentation, déclinée selon les besoins de chaque arme.

  • La carabine de cavalerie modèle 1890 inaugure le système pour les troupes à cheval.
  • La carabine de gendarmerie de la même année complète cette première génération.
  • Les fusils Berthier adoptés à partir de 1907, dont le modèle 1907-15, étendent le principe à l’infanterie.
  • Le mousqueton modèle 1916 et les armes transformées M16 portent enfin le magasin à cinq cartouches.

D’après le site de collectionneurs Armement réglementaire français, l’arme des artilleurs reprend telle quelle la carabine de gendarmerie de 1890 : en dehors du marquage, seule la baïonnette les distingue. Les gendarmes reçoivent une épée-baïonnette proche de celle du Lebel, les artilleurs un sabre-baïonnette d’un dessin nouveau, le modèle 1892.

La carabine de cavalerie, déjà présentée dans notre guide des carabines anciennes de collection, forme une famille à part. Le mousqueton 1892, retouché à plusieurs reprises, demande un examen plus serré de sa version et de ses marquages.

Culasse en acier bruni d’un mousqueton ancien et lame-chargeur vide

Le mécanisme du mousqueton Berthier 1892

Sous son format court, l’arme garde la munition du fantassin. Elle tire la cartouche de 8 mm Lebel, à bourrelet, dans un canon à quatre rayures. La fiche du musée de Châtellerault décrit un système Berthier qui associe un magasin de type Lee à un chargeur type Mannlicher de trois cartouches.

La culasse mobile à verrou, de conception voisine de celle du Lebel, se compose d’un chien, d’un corps de culasse et d’une tête mobile. Le soldat ne la démonte que sommairement ; le démontage complet revient à l’armurier du régiment, seul outillé pour le faire.

Le chargement rompt avec le magasin tubulaire du Lebel, rempli cartouche par cartouche. Le tireur introduit d’un seul geste un chargeur garni, qui reste dans l’arme pendant le tir. Une action sur l’arrêtoir, culasse ouverte, libère ensuite ce chargeur : vide, il tombe par le bas ; encore garni, il est chassé par le haut sous l’effet du ressort d’élévateur.

L’arme évolue ensuite par petites retouches, que le site Armement réglementaire français recense et dont la fiche du musée confirme les premières :

  1. 1898 : nouvelle hausse adaptée à la balle D.
  2. 1902 : suppression du cran de demi-armé du chien.
  3. 1909 : ajout d’un tenon de recul sous la boîte de culasse, pour ménager la crosse.
  4. 1913 : embouchoir doté d’un quillon.
  5. 1927 : suppression de la baguette de nettoyage, dont le logement est obturé par une pièce de bois.
  6. À partir de 1932 : chambre réalésée et ressort de percuteur renforcé pour la balle N.

Berthier 1892 M16 : deux cartouches de plus

La transformation de 1916 suit celle du fusil 1907-15. Selon Armement réglementaire français, la carabine de 1890 et le mousqueton de 1892 reçoivent le même principe : un magasin porté de trois à cinq cartouches. Les mousquetons modifiés prennent la désignation Berthier 1892 M16. Le musée de Châtellerault conserve d’ailleurs un M16 de la manufacture locale, daté de 1930, avec son chargeur de cinq cartouches.

La plupart des transformations interviennent en fin de guerre et n’arrivent que tardivement dans les unités. Le même site signale des mousquetons M16 bâtis sur des boîtes de culasse de fusils 1907-15, sans doute pour récupérer des armes hors service.

Point de comparaisonMousqueton 1892 d’origineMousqueton 1892 M16
Capacité du magasinTrois cartouchesCinq cartouches
Garde-mainAbsent, bois d’une seule pièceAbsent sur beaucoup d’exemplaires, présent sur les plus tardifs
Marquage de la boîte de culasseManufacture et modèle 1892Celui de l’arme de départ, parfois meulé et remplacé par M 16
Arme de départFabrication neuveMousqueton 1892, carabine 1890, parfois fusil 1907-15

Conséquence pratique : un M16 ne se juge pas avec les repères d’un 1892 d’origine. Les organes du magasin diffèrent, et notre article sur les pièces détachées d’armes militaria explique pourquoi une pièce annoncée « Berthier » ne convient pas forcément aux deux versions.

Vitrine de musée avec un mousqueton et son sabre-baïonnette

Des batteries aux sapeurs : une longue carrière

Prévu pour l’artillerie, le mousqueton déborde vite de ce cadre. Armement réglementaire français énumère les personnels qui le reçoivent à leur tour :

  • les sapeurs et les troupes du génie ;
  • les mitrailleurs ;
  • les chasseurs alpins ;
  • l’aviation ;
  • la marine.

La fiche du musée de Châtellerault mène la carrière des M16 jusqu’en 1940. Aux côtés du mousqueton 1916, ils arment alors une grande partie des unités françaises, dans l’entre-deux-guerres comme pendant la campagne de mai-juin 1940.

Après 1945, le rééquipement en matériel américain puis l’arrivée d’armes françaises plus modernes, comme le MAS 36, entraînent son retrait des régiments. Le site de collectionneurs signale une seconde vie dans les compagnies républicaines de sécurité et l’administration pénitentiaire, avant un remplacement progressif.

Sans document d’époque, une affectation précise, en gendarmerie ou outre-mer, reste une hypothèse à présenter comme telle.

Lire un Berthier 1892 : marquages, crosse et baïonnette

Un mousqueton se lit pièce par pièce, avant tout échange.

Boîte de culasse et canon

Le côté gauche de la boîte de culasse porte la manufacture et le modèle. Trois établissements d’État ont produit l’arme : Châtellerault, Saint-Étienne et Tulle. Le canon porte à gauche le numéro matricule précédé d’une lettre de série, à droite l’année de fabrication ou de recanonnage. Une mention MD rappelle la mise à jour de 1898, une lettre N sur le tonnerre l’adaptation à la balle de 1932.

La crosse du mousqueton Berthier

Le bois, d’une seule pièce, reçoit le numéro de l’arme. Un bois changé en arsenal se repère à une enture numérotée : l’emplacement de l’ancien numéro a été découpé et comblé par une pièce rapportée, frappée du nouveau matricule. Une baguette absente et un logement obturé par du bois signalent une arme passée par la révision de 1927.

Hausse, embouchoir et chien

Une hausse graduée jusqu’à 2 000 mètres correspond à la balle M d’origine ; le modèle de 1898, conçu pour la balle D, monte à 2 400 mètres. Un chien à deux crans, demi-armé et armé, signale une culasse non reprise en 1902. Un embouchoir sans quillon désigne une arme non retouchée en 1913, une queue de culasse sans tenon de recul une fabrication précoce, restée hors de la révision de 1909.

La baïonnette associée

Le sabre-baïonnette modèle 1892 accompagne le mousqueton d’artillerie. Le musée de Châtellerault présente son M16 avec un sabre-baïonnette de premier type à quillon coupé, dans son fourreau. Une épée-baïonnette de gendarmerie montée sur un mousqueton d’artillerie relève d’un assemblage à documenter. Notre article sur les baïonnettes françaises de collection replace ces armes blanches dans leur famille.

Mains gantées qui examinent la boîte de culasse d’un mousqueton sur un établi

Statut légal et précautions avant l’achat

L’article R311-2 du code de la sécurité intérieure, dans sa version en vigueur depuis le 7 septembre 2025, range en catégorie D les armes historiques et de collection dont le modèle est antérieur au 1er janvier 1900, à l’exception de celles classées dans une autre catégorie en raison de leur dangerosité avérée. Une arme dont le modèle est postérieur à cette date n’y entre que si un arrêté conjoint des ministres de l’Intérieur et de la Défense l’énumère.

Le mousqueton de 1892, dans sa configuration d’origine, répond au critère de date. Le cas du 1892 M16 est moins limpide : la transformation date de 1916 et le texte ne la nomme pas. Le réflexe le plus sûr consiste à faire contrôler un mousqueton Berthier par une armurerie agréée, ou à interroger la préfecture, avant de payer. Le cadre général figure dans notre dossier sur la législation des armes de collection.

La cartouche de 8 mm Lebel obéit à son propre régime, distinct de celui de l’arme, que détaille notre fiche sur le fusil Lebel modèle 1886. Un collectionneur qui ne tire pas n’a aucune raison d’en détenir.

Quelques précautions écartent la plupart des déconvenues :

  • demandez au vendeur sur quel texte il fonde la catégorie annoncée ;
  • exigez des photos de la boîte de culasse, du canon et de la crosse, des deux côtés ;
  • vérifiez la version, 1892 d’origine ou M16, au magasin et non à la silhouette ;
  • écartez toute arme raccourcie, recalibrée ou modifiée hors arsenal.

Conserver un mousqueton sans effacer son histoire

Un acier bruni et un bois de plus d’un siècle supportent mal l’humidité et les écarts de température. Rangez l’arme dans une pièce saine, jamais contre un mur extérieur, et essuyez le métal après chaque manipulation avec un chiffon à peine huilé. Bannissez les produits qui décapent : la finition d’origine, bronzée sauf la culasse et la plaque de couche selon Armement réglementaire français, fait partie de l’arme.

Ne faites disparaître ni enture, ni numéro de remplacement, ni mention de modification : ces traces racontent le parcours du mousqueton. Gardez à part, à l’abri de la lumière, tout document qui l’accompagne.

Prochaine étape : relevez la manufacture, la lettre de série et l’année frappées sur votre arme, identifiez sa version, puis soumettez le tout à un armurier spécialisé avant toute cession ou remise en état.