L'armure d'un chevalier : nom, pièces et équipement complet au Moyen Âge

L’armure d’un chevalier porte un nom précis : le harnois. Ce terme désigne la vingtaine de pièces métalliques couvrant le corps du combattant à cheval, du casque aux sollerets. Chaque élément répond à une fonction défensive précise, et le poids total d’un équipement complet varie entre 15 et 25 kg.
Le harnois : nom officiel de l’armure du chevalier
Le terme harnois (ou harnais) apparaît dans les textes médiévaux dès le XIVe siècle pour désigner l’armure complète. Les chroniqueurs de l’époque parlent de harnois blanc pour qualifier les armures de plates polies, par opposition aux cottes de mailles noircies à l’huile. Le mot “armure” reste d’usage plus général : il couvre toute protection militaire, du simple gambeson de lin aux lames d’acier trempées.
L’armure du chevalier au Moyen Âge évolue sur plusieurs siècles. La cotte de mailles, portée du IXe au XIVe siècle, laisse progressivement place aux pièces articulées de métal forgé. Vers 1420-1450, l’armure de plates atteint son apogée technique dans les ateliers de Milan et d’Augsbourg, offrant une protection quasi totale sans sacrifier la mobilité du combattant.
À partir du XVIe siècle, le développement des armes à feu remet en cause l’utilité du harnois intégral. Les pièces les plus épaisses, dites “à l’épreuve”, résistent aux balles mais atteignent 35 à 40 kg, rendant le combat à pied épuisant. L’évolution complète de l’armure médiévale retrace cette transformation sur dix siècles, de la maille aux plates.
Les pièces d’une armure de chevalier, de la tête aux pieds
Un harnois complet du XVe siècle comprend une vingtaine de pièces distinctes, chacune protégeant une zone précise du corps.
| Pièce | Emplacement | Poids approximatif |
|---|---|---|
| Heaume, bassinet ou armet | Tête | 2 à 4 kg |
| Gorgerin (gorget) | Cou | 0,5 à 1 kg |
| Spaulières (épaulières) | Épaules | 1 à 2 kg |
| Brassards et coudes | Bras | 1 à 2 kg |
| Gantelets | Mains | 0,5 à 1 kg |
| Cuirasse (plastron et dossière) | Buste | 5 à 7 kg |
| Tassettes | Hanches | 1 à 2 kg |
| Cuissards | Cuisses | 2 à 3 kg |
| Genouillères | Genoux | 0,5 à 1 kg |
| Grèves | Tibias | 1 à 2 kg |
| Sollerets | Pieds | 0,5 à 1 kg |
La protection de la tête : heaume, bassinet et armet
Le casque du chevalier change plusieurs fois de forme entre le XIe et le XVe siècle. Le heaume cylindrique des croisades couvre entièrement la tête mais réduit la vision à une mince fente. Le bassinet, apparu au XIVe siècle, adopte une visière articulée qui améliore le champ de vision. L’armet, perfectionné vers 1450 dans les ateliers milanais, offre une protection totale avec ventilation intégrée, pour un poids de 2 à 4 kg.
Le casque s’accompagne souvent d’un camail, protection en cotte de mailles fixée à l’intérieur du bassinet, qui couvre le cou et la nuque contre les coups latéraux.
Du cou au buste : gorgerin, spaulières et cuirasse
Le gorgerin protège la gorge et la base du cou, zone vulnérable entre le casque et la cuirasse. Les épaulières couvrent les épaules et les hauts-de-bras. Les brassards descendent jusqu’aux poignets, articulés au niveau du coude par des rondelles de protection. Les gantelets, à lamelles superposées, terminent la protection des membres supérieurs.
La cuirasse forme le noyau central du harnois. Elle se compose d’un plastron (partie avant) et d’une dossière (partie arrière), reliés par des boucles et des lanières de cuir. Son poids seul atteint 5 à 7 kg.
Les membres inférieurs : cuissards, genouillères et sollerets
Les tassettes, fixées sous la cuirasse, protègent les hanches et le haut des cuisses. Les cuissards couvrent les cuisses, articulés aux genouillères. Les grèves protègent les tibias. Les sollerets, semblables à des sandales articulées en métal, couvrent les pieds tout en permettant la marche et les mouvements de l’étrier.
Ces pièces inférieures restent la première cible des fantassins adverses, qui cherchent à déséquilibrer le chevalier en attaquant ses jambes.
Comment un chevalier s’habillait
Revêtir un harnois complet requiert l’assistance d’un écuyer et prend entre 30 et 60 minutes. L’ordre d’enfilage suit une logique précise, des pièces intérieures vers les pièces externes.
Séquence d’habillage d’un chevalier :
- Braies et chausses : sous-vêtements de lin qui évitent les irritations sous l’armure
- Gambeson : tunique matelassée de coton ou de lin, qui absorbe les chocs transmis par les plates
- Cotte de mailles : portée sur le gambeson, elle protège les zones non couvertes par les plates
- Sollerets, grèves et cuissards : armement des jambes, de bas en haut
- Cuirasse : plastron et dossière fixés sur le torse
- Spaulières, brassards et gantelets : armement des bras et des épaules
- Gorgerin : fixé au col de la cuirasse
- Casque : posé en dernier, juste avant d’entrer dans la mêlée
Le gambeson constitue la pièce centrale de l’ensemble. Sans ce rembourrage, les chocs transmis par les plates blesseraient le chevalier même sans pénétration de l’armure. Les combattants moins fortunés portaient parfois uniquement un gambeson épaissi, sans aucune protection métallique.
L’équipement complet du chevalier médiéval
L’armure ne représente qu’une partie de l’équipement du chevalier. Son arsenal complet inclut des armes offensives et des accessoires de combat adaptés à chaque situation de bataille.
Armes portées par un chevalier au Moyen Âge :
- Épée : arme principale, portée à la ceinture, entre 1 et 1,5 kg
- Lance : arme de charge montée, entre 3 et 4 mètres de longueur
- Hache d’armes ou masse : particulièrement efficaces contre les armures de plates
- Dague : arme secondaire pour le combat au corps à corps
- Écu : bouclier progressivement réduit à partir du XIVe siècle
Le destrier, cheval de guerre du chevalier, bénéficiait également d’une protection appelée barde. Cet ensemble de pièces métalliques et de tissu renforcé couvrait la tête, le poitrail et les flancs de l’animal. L’armure du chevalier français intégrait ces éléments équestres dans une conception globale de la protection, dont l’armure du chevalier français détaille les spécificités nationales.
L’équipement complet d’un chevalier mobilisait plusieurs artisans spécialisés : l’armurier pour les plates, le mailleur pour la cotte de mailles, le fourbisseur pour les épées, et le sellier pour les harnachements du destrier.
Prix d’une armure de chevalier au Moyen Âge et aujourd’hui
Le coût d’une armure variait considérablement selon la qualité et l’origine de fabrication. Au XVe siècle, un harnois standard produit en Italie du Nord se négociait entre 5 et 8 livres sterling, soit l’équivalent d’une à trois années de revenus pour un artisan qualifié. Les armures d’apparat commandées dans les grands ateliers de Milan, de Brescia ou d’Augsbourg atteignaient 50 à 100 livres.
Quelques repères de prix au XVe siècle :
| Type d’armure | Prix approximatif | Repère comparatif |
|---|---|---|
| Cotte de mailles seule | 1 à 2 livres sterling | 3 à 6 mois de salaire d’artisan |
| Harnois de plates standard | 5 à 8 livres sterling | 1 à 3 ans de revenus |
| Armure de prestige (Milan, Augsbourg) | 30 à 100 livres | Valeur d’une ferme |
| Armure de tournoi renforcée | 20 à 40 livres | Équipement d’une petite garnison |
Aujourd’hui, une reproduction artisanale fidèle d’un harnois complet se situe entre 3 000 et 15 000 euros selon le niveau de finition. Les pièces isolées sont bien plus accessibles : un gorget artisanal tourne autour de 200 à 400 euros, un bassinet entre 500 et 1 500 euros. L’article sur l’armure du chevalier et le prix d’un harnois détaille ces fourchettes pour les collectionneurs et les passionnés de reconstitution.
Les amateurs d’armes et d’équipements médiévaux trouveront dans le guide de collection d’armes anciennes les informations pratiques sur l’acquisition de pièces authentiques ou de reproductions de qualité.


