Armure de chevalier : schéma complet et nom de chaque pièce d'armure

L’armure de chevalier au Moyen Âge se composait de 15 à 20 pièces d’acier articulées, du heaume aux solerets. Chaque élément remplissait un rôle défensif précis. Un harnois complet du XVe siècle pesait entre 15 et 25 kg, répartis sur tout le corps. Voici le schéma détaillé de cet équipement avec le nom et la fonction de chaque pièce.
Schéma de l’armure : les pièces de la tête au cou
La protection de la tête constituait la priorité absolue de tout chevalier. Les coups portés au visage et au crâne étaient les plus meurtriers sur le champ de bataille.
Le heaume couvrait l’intégralité du crâne et du visage. Les modèles ont évolué du casque conique normand du XIe siècle vers le grand heaume cylindrique du XIIIe siècle, puis le bassinet à visière mobile au XIVe siècle. L’armet, apparu vers 1420, offrait une protection complète tout en pesant seulement 2,5 à 3,5 kg.
Le gorgerin protégeait le cou et la gorge, zone vulnérable entre le heaume et la cuirasse. Cette pièce articulée en lames d’acier permettait au chevalier de tourner la tête avec une amplitude de 180 degrés. Certains modèles intégraient un mentonnière, appelée bavière, qui montait jusqu’au menton.
| Pièce | Zone protégée | Poids moyen |
|---|---|---|
| Heaume / Armet | Crâne et visage | 2,5 à 3,5 kg |
| Gorgerin | Cou et gorge | 0,8 à 1,2 kg |
| Bavière | Menton et bas du visage | 0,5 à 0,8 kg |
| Camail (mailles) | Cou et épaules | 1,5 à 2,5 kg |
Sous le heaume, le chevalier portait un gambison rembourré ou une coiffe de mailles. Ce sous-casque absorbait les chocs et évitait le contact direct du métal froid sur le crâne.
La cuirasse et la protection du torse
Le torse abritait les organes vitaux : le protéger efficacement déterminait la survie du combattant. La cuirasse se divisait en deux parties principales.
Le plastron couvrait la poitrine et l’abdomen. Forgé en une ou deux plaques d’acier de 1,5 à 2 mm d’épaisseur, il pesait entre 3 et 5 kg. Les armuriers milanais, comme les Missaglia et les Negroli, produisaient des plastrons bombés qui déviaient les coups de lance. Les ateliers d’Augsbourg et Nuremberg privilégiaient un profil plus anguleux, caractéristique du style gothique germanique.
La dossière fermait la protection dans le dos. Plus fine que le plastron (1 à 1,5 mm d’acier), elle restait plus légère : un chevalier présentait rarement le dos à l’ennemi. Plastron et dossière étaient reliés par des sangles de cuir sur les flancs et des charnières sur les épaules.
La braconnière prolongeait la cuirasse vers le bas. Composée de 3 à 5 lames articulées, elle couvrait le ventre et les hanches. Les tassettes, plaques pendantes fixées à la braconnière, descendaient sur le haut des cuisses et protégeaient l’aine.
Les bras : spalières, brassards et gantelets
La protection des bras devait concilier deux exigences contradictoires : arrêter les coups tout en conservant une mobilité suffisante pour manier l’épée ou la lance.
Les spalières (ou épaulières) couvraient les épaules et le haut des bras. Des lames articulées permettaient de lever le bras au-dessus de la tête. Certaines spalières intégraient une rondelle, disque d’acier de 15 à 20 cm de diamètre, qui protégeait l’aisselle lors des joutes.
Les canons d’avant-bras et les brassards englobaient l’avant-bras et le bras en tubes d’acier articulés. La cubitière protégeait le coude grâce à une coque renforcée, souvent munie d’ailettes latérales.
Les gantelets couvraient les mains et les doigts. Deux types existaient :
- Gantelets à doigts articulés : chaque doigt disposait de sa propre armure en lamelles d’acier
- Gantelets en mitons : les quatre doigts partageaient une seule coque, le pouce restant indépendant
- Protection du poignet : un canon court reliait le gantelet au brassard
- Poids total : 0,5 à 1 kg par main
Les gantelets milanais à doigts articulés, produits après 1440, comptaient jusqu’à 18 lamelles par main. Cette finesse mécanique permettait de saisir les rênes du destrier ou de changer d’arme en plein combat.
Les jambes : cuissots, genouillères, grèves et solerets
Un chevalier à pied sans protection aux jambes devenait une cible facile. Les fantassins visaient systématiquement les membres inférieurs pour déstabiliser l’adversaire.
Les cuissots enveloppaient les cuisses en tubes d’acier. Fixés à la braconnière par des sangles, ils pesaient entre 1,5 et 2,5 kg chacun. Les genouillères protégeaient l’articulation du genou avec des ailettes latérales qui couvraient le creux poplité.
Les grèves couvraient le tibia et le mollet. Constituées de deux demi-coques articulées par des charnières, elles s’ouvraient pour enfiler la jambe, puis se refermaient avec des boucles ou des goupilles.
Les solerets blindaient les pieds. Composés de lamelles articulées, ils épousaient la forme du pied et permettaient la marche. Les solerets du XVe siècle présentaient des pointes allongées (poulaines) purement esthétiques. Vers 1490, la mode évolua vers des bouts arrondis appelés “pieds d’ours”.
| Pièce | Zone protégée | Poids moyen (par côté) |
|---|---|---|
| Cuissot | Cuisse | 1,5 à 2,5 kg |
| Genouillère | Genou | 0,5 à 0,8 kg |
| Grève | Tibia et mollet | 1 à 1,5 kg |
| Soleret | Pied | 0,5 à 0,8 kg |
Le poids réel d’une armure complète
L’idée d’un chevalier immobilisé par le poids de son armure relève du mythe. Les recherches en archéologie expérimentale ont démontré qu’un harnois de combat fonctionnel pesait entre 15 et 25 kg, selon le gabarit du porteur et l’épaisseur des plaques choisies.
Ce poids se répartissait sur l’ensemble du corps. À titre de comparaison, un soldat moderne transporte un équipement de 25 à 30 kg en opération. Le chevalier en armure pouvait courir, se relever au sol, monter à cheval sans aide et combattre pendant plusieurs heures.
La confusion vient des armures de parade et de tournoi, conçues pour impressionner ou résister à des chocs frontaux extrêmes. Certaines armures de joute pesaient jusqu’à 40 kg, avec des plaques de 4 mm d’épaisseur sur le côté gauche (exposé à la lance adverse). Le harnois de tournoi d’Henri VIII d’Angleterre, conservé à la Tour de Londres, atteint 42 kg. Ces pièces n’étaient jamais portées au combat réel.
L’équipement complet du chevalier au-delà de l’armure
L’armure ne constituait qu’une partie de l’équipement total du chevalier. Le combattant portait plusieurs couches sous ses plaques d’acier et transportait un arsenal offensif complet.
Le gambison, pourpoint matelassé en lin ou en laine, se portait directement sur la peau. Épais de 1 à 3 cm, il absorbait les chocs et empêchait l’acier de cisailler la chair. Certains chevaliers ajoutaient une cotte de mailles par-dessus le gambison et sous les plaques, pour combler les interstices entre les pièces rigides.
L’armement offensif comprenait une épée (1 à 1,5 kg), une lance de 3 à 4 mètres, une dague de miséricorde et parfois une masse d’armes ou un fléau. Le bouclier, progressivement abandonné au XVe siècle grâce à la protection intégrale du harnois blanc, pesait entre 2 et 5 kg selon sa taille.
Le destrier, cheval de guerre spécialement dressé pour le combat, complétait cet équipement. Mesurant 1,40 à 1,60 m au garrot, il portait parfois sa propre armure (la barde), qui ajoutait jusqu’à 32 kg de protection équine. Un destrier de qualité valait le prix d’une exploitation agricole : seuls les chevaliers les plus fortunés possédaient une monture bardée.
L’évolution de l’armure du XIe au XVIe siècle
L’équipement défensif du chevalier a traversé quatre grandes phases entre le début de la féodalité et la fin de la Renaissance.
La cotte de mailles domina du XIe au XIIIe siècle. Composée de 15 000 à 30 000 anneaux rivés, elle offrait une bonne protection contre les taillants mais restait vulnérable aux estocs et aux masses. Un haubert complet pesait entre 7 et 15 kg, concentrés sur les épaules.
L’armure de transition apparut entre 1250 et 1380. Des plaques d’acier vinrent renforcer la maille aux points vulnérables : genoux, coudes, épaules, tibias. Le coat of plates, ancêtre de la cuirasse, protégeait le torse sous un recouvrement textile.
Le harnois blanc s’imposa vers 1420. Les ateliers italiens de Milan (famille Missaglia) et les forges germaniques d’Augsbourg produisaient des armures entièrement en plaques d’acier articulées qui couvraient le corps de la tête aux pieds. Le terme “blanc” désigne l’acier poli, visible et non recouvert de tissu.
Le déclin s’amorça après 1550. L’efficacité croissante des armes à feu rendit les plaques d’acier insuffisantes. Les cuirasses s’épaissirent puis se réduisirent aux seuls torse et tête. Vers 1650, seule la cuirasse de cavalerie subsistait, ancêtre directe des gilets pare-balles modernes.
Le coût d’une armure de chevalier
S’équiper en armure complète représentait un investissement considérable. Au XVe siècle, un harnois de qualité coûtait l’équivalent d’un à trois ans de revenus d’un artisan qualifié. Les armures produites par les grands maîtres milanais ou nurembergeois atteignaient des prix supérieurs.
Le budget total d’un chevalier comprenait l’armure, les armes, le destrier, la selle, les vêtements rembourrés et l’entretien courant. Un écuyer ou un page se chargeait de polir les plaques, huiler les articulations et remplacer les sangles de cuir. Concrètement, un chevalier sans appui financier d’un seigneur ou d’une famille noble ne pouvait accéder à un équipement complet.
Les armuriers proposaient aussi des pièces d’occasion, récupérées sur les champs de bataille ou revendues par des héritiers. Ce marché de seconde main permettait aux mercenaires et aux chevaliers modestes d’acquérir une protection partielle à moindre coût.
Reconnaître les pièces d’armure dans les musées et collections
Les musées français conservent plusieurs harnois complets qui permettent d’observer chaque pièce en détail. Le musée de l’Armée aux Invalides à Paris expose plus de 2 000 pièces d’armurerie médiévale et Renaissance. Le musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne présente une collection spécialisée dans la métallurgie des armes.
Pour identifier les pièces lors d’une visite, repérez ces indices :
- Le heaume ou l’armet se distingue par sa visière mobile et ses orifices de ventilation
- La cuirasse montre des marques de poinçon : chaque armurier signait ses plaques
- Les gantelets articulés révèlent la complexité mécanique de l’assemblage
- Les grèves et cuissots portent souvent des nervures de renfort verticales
Les châteaux forts français qui exposent des armures permettent de replacer ces pièces dans leur contexte historique. Observer un harnois complet monté sur un mannequin donne une perception immédiate du volume et de l’articulation de l’ensemble.
Prochaine étape : comparer les styles régionaux. Les armures italiennes, germaniques et françaises présentent des différences de silhouette, de décoration et de construction qui reflètent les traditions métallurgiques de chaque région.


